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Expertise de locaux mixtes : habitation et activité, comment déterminer la juste valeur ?

  • Photo du rédacteur: sylvain_Clerc_Expert
    sylvain_Clerc_Expert
  • 26 déc. 2025
  • 6 min de lecture

Comprendre la spécificité des locaux mixtes 

Le bail mixte est un contrat de location d'un local qui sert à la fois à l'habitation principale et à l'exercice de l'activité du locataire. Cette configuration particulière, de plus en plus répandue avec le développement des micro-entreprises, pose des questions complexes en matière d'évaluation immobilière. Comment valoriser équitablement un bien qui cumule deux usages distincts, soumis à des régimes juridiques et fiscaux différents ? 

L'expertise d'un local mixte nécessite une approche spécifique qui tient compte de la dualité d'usage, de la répartition des surfaces entre habitation et activité, du régime juridique applicable et des caractéristiques propres à chaque composante. Cette problématique prend une acuité particulière avec la multiplication des activités professionnelles exercées au domicile et l'évolution des modes de travail. 


Le régime juridique du bail mixte : une base pour l'évaluation 

Un bail soumis au statut commercial 

Lorsque le bail porte à la fois sur des locaux commerciaux et d'habitation, il est normalement indivisible et commercial pour le tout. Le statut des baux commerciaux s'applique si le locataire exerce une activité commerciale, artisanale ou industrielle dans le local. Le contrat de bail ne peut donc pas être inférieur à neuf ans et le locataire bénéficie d'un droit au renouvellement du bail. 

Cette qualification juridique en bail commercial, même pour un local partiellement à usage d'habitation, influence directement sa valeur. Un bail commercial offre des protections importantes au locataire (droit au renouvellement, indemnité d'éviction) qui peuvent impacter négativement la valeur du bien pour un propriétaire souhaitant le vendre libre d'occupation. 


Les conditions d'application 

Il est possible de signer un bail mixte à usage professionnel si l'activité du locataire est domiciliée ou exercée sur son lieu d'habitation. Cependant, un local d'habitation peut être loué à un commerçant à condition d'être transformé en local commercial. Pour cela, il faut demander une autorisation de changement d'usage auprès de la mairie de la commune du lieu où est situé le local. 

Cette exigence d'autorisation administrative constitue un facteur d'évaluation essentiel. Un local disposant de l'autorisation de changement d'usage vaudra davantage qu'un local similaire ne la possédant pas, car il offre immédiatement la possibilité d'exercer une activité commerciale sans démarche supplémentaire. 


Les méthodes d'évaluation adaptées aux locaux mixtes 

L'approche par répartition et pondération 

La méthode la plus couramment utilisée pour évaluer un local mixte consiste à distinguer les surfaces affectées à chaque usage et à les évaluer séparément avant de les additionner. Cette approche nécessite une répartition précise des surfaces : surface dédiée exclusivement à l'habitation, surface dédiée exclusivement à l'activité professionnelle, et surface à usage commun nécessitant une répartition conventionnelle. 

Pour la partie habitation, on applique les méthodes d'évaluation immobilière résidentielle classiques : comparaison avec des transactions récentes sur des logements similaires dans le même secteur, prise en compte des caractéristiques intrinsèques (surface, étage, état, exposition) et de l'environnement (quartier, commerces, transports). 

Pour la partie activité, on utilise les méthodes d'évaluation commerciale ou professionnelle : analyse des valeurs locatives commerciales du secteur, prise en compte de la visibilité et de l'accessibilité pour la clientèle, évaluation du potentiel commercial de l'emplacement. Cette partie bénéficie généralement d'une valorisation supérieure au mètre carré par rapport à la partie habitation, notamment pour les emplacements en rez-de-chaussée avec vitrine. 


La méthode par capitalisation des revenus 

Lorsque le local mixte est loué, la méthode par capitalisation du revenu offre une approche complémentaire pertinente. Elle consiste à capitaliser le loyer effectivement perçu en appliquant un taux de rendement adapté à la nature du bien. Le loyer constitue, avec les charges locatives, la principale contrepartie financière du locataire à la mise à disposition d'un local d'habitation ou mixte par le bailleur. 

La difficulté réside dans la détermination du taux de capitalisation approprié. Un local mixte présente un profil de risque intermédiaire entre un logement pur et un local commercial pur. Le taux retenu doit refléter cette spécificité, généralement en se situant entre les taux habituellement constatés pour chaque catégorie d'usage. 


La méthode comparative ajustée 

L'évaluateur recherche des transactions comparables de locaux mixtes dans le même secteur géographique. Toutefois, ces comparables restent souvent rares, rendant la méthode plus délicate à mettre en œuvre. Il s'agit d'aller rechercher des mutations de locaux commerciaux sur un secteur, les rapprocher de leurs niveaux de loyer perçus au moment de la vente pour vérifier quel était le taux normatif de rendement pour un acquéreur sur un secteur donné. 

À défaut de comparables parfaitement similaires, l'expert procède par analogie en recherchant d'une part des transactions sur des logements purs et d'autre part sur des locaux commerciaux purs, puis en opérant une pondération en fonction de la répartition des surfaces dans le bien à évaluer. 


Les critères spécifiques d'évaluation 

La répartition et la configuration des espaces 

La manière dont les espaces sont organisés influence considérablement la valeur du local mixte. Une configuration offrant une réelle séparation entre la partie habitation et la partie professionnelle valorise le bien. Cette séparation peut être physique (accès indépendants, cloisons) ou fonctionnelle (étages distincts). 

À l'inverse, une configuration où les espaces professionnels et résidentiels s'entremêlent étroitement peut pénaliser l'évaluation, car elle limite la flexibilité d'usage et peut générer des nuisances (sonnette qui retentit pendant les horaires de repos, clients qui accèdent à des espaces privatifs). 


La nature de l'activité autorisée 

Le type d'activité professionnelle autorisé par le bail et par les autorisations administratives constitue un facteur déterminant de valeur. Si le bail est prévu pour tous commerces, le loyer est en principe plus élevé que celui d'un bail autorisant seulement une activité définie. Cette flexibilité d'usage élargit le marché potentiel d'acquéreurs ou de locataires, valorisant le bien. 

Certaines activités sont particulièrement recherchées et valorisantes : professions libérales (cabinet médical, avocat, architecte), bureaux, services aux particuliers. D'autres activités, notamment celles générant des nuisances (restauration, certaines activités artisanales), peuvent au contraire impacter négativement la valeur de la partie habitation. 

 

La conformité réglementaire et administrative 

La régularité administrative du local mixte impacte directement sa valeur. L'existence d'une autorisation de changement d'usage en bonne et due forme sécurise l'exploitation professionnelle et constitue un élément de valorisation. À l'inverse, un local exploité en activité professionnelle sans autorisation représente un risque juridique qui se traduit par une décote. 

Lorsqu'on est obligé de prendre un local mixte comme référence, la partie affectée à usage d'habitation ou professionnel doit être évaluée conformément aux prescriptions spécifiques. Cette distinction fiscale a son importance dans l'évaluation globale du bien. 


L'accessibilité et la visibilité 

Pour la partie professionnelle, l'accessibilité pour la clientèle et la visibilité depuis la rue constituent des facteurs essentiels de valorisation. Un local mixte situé en rez-de-chaussée avec vitrine sur rue vaudra significativement plus qu'un appartement en étage, même avec autorisation d'exercice professionnel, car ses possibilités d'exploitation commerciale sont supérieures. 

L'existence d'un accès séparé pour la partie professionnelle représente également un atout valorisant, évitant que les clients ne traversent les espaces privatifs d'habitation. 


Les diagnostics spécifiques aux locaux mixtes 

Le DPE : une approche différenciée 

Dans le cas d'un bail mixte, le Diagnostic de Performance Énergétique est requis pour la partie habitation. La question se pose de savoir s'il faut fournir un DPE distinct pour la partie d'activité et un autre pour la partie habitation. En pratique, pour les locaux mixtes, seule la partie habitation nécessite obligatoirement un DPE lors de la mise en location ou en vente. 

Cette différenciation dans les obligations diagnostiques reflète la dualité de régime applicable aux locaux mixtes. L'expert doit en tenir compte dans son évaluation, notamment pour apprécier les coûts de mise en conformité éventuels. 


Le diagnostic plomb pour les locaux anciens 

Le diagnostic plomb est obligatoire pour les locaux mixtes, c'est-à-dire comprenant une partie habitation et une partie commerciale si le local a été construit avant le 1er janvier 1949. Cette obligation spécifique aux locaux mixtes anciens doit être anticipée dans le processus d'évaluation et de transaction. 

 

Conseils pour une expertise fiable 

Établir une répartition précise des surfaces 

La première étape d'une expertise de local mixte consiste à établir un plan précis avec une répartition claire des surfaces selon leur affectation. Cette répartition doit être documentée et justifiée, idéalement en s'appuyant sur le bail en vigueur, les autorisations administratives et la configuration réelle des lieux. 

Distinguez les surfaces à usage exclusif d'habitation, les surfaces à usage exclusif professionnel et les surfaces communes (entrée, couloir, sanitaires utilisés pour les deux usages). Pour ces dernières, établissez une clé de répartition raisonnable, généralement proportionnelle aux surfaces des parties distinctes. 


Analyser le marché local par usage 

Documentez-vous précisément sur les valeurs de marché locales pour chaque composante. Consultez les transactions récentes de logements similaires pour évaluer la partie habitation et les transactions ou locations de locaux professionnels pour évaluer la partie activité. Cette double analyse comparative permet d'affiner considérablement la valorisation. 


Faire appel à un expert immobilier spécialisé 

L'expertise d'un local mixte nécessite une compétence particulière, à l'intersection de l'immobilier résidentiel et professionnel. Pour obtenir une évaluation fiable et reconnue, privilégiez un expert certifié disposant d'une expérience avérée dans l'estimation de ce type de biens complexes. 

Vous recherchez un expert en évaluation immobilière pour faire l'estimation de la juste valeur d'un local mixte ? Faites appel à Valeurs & Expertises, cabinet d'expertise reconnu et spécialisé dans l'évaluation immobilière professionnelle.

 
 
 

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